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C’est le sujet incontournable des dernières années et des années à venir. L’intelligence artificielle n’a pas fini de faire parler d’elle… Et qu’en est-il de la franchise ? Comment les réseaux se sont-ils emparés de l’IA ? Quels secteurs d’activité sont les plus avancés sur le sujet ? Quels usages en font-ils au quotidien ? Et à quels risques s’exposent-ils ? Oui, cela fait beaucoup de questions.

En mai 2026, la Fédération Française de la Franchise (FFF) et Banque Populaire ont publié leur 22e enquête annuelle sur la franchise, avec un chapitre entièrement consacré à l’intelligence artificielle. Si 45 % des Français déclarent utiliser régulièrement des outils d’IA, cette proportion tombe à 33 % chez les franchisés. Un chiffre qui peut paraître encore faible, mais qui cache une croissance rapide de son utilisation. En l’espace de deux ans, leur usage est passé de 7 % en 2023 à 22 % en 2024, puis à 33 % en 2025. Une progression significative qui devrait se poursuivre dans les années à venir. « À terme, l’intelligence artificielle est appelée à devenir la colonne vertébrale de l’entreprise. Elle ne sera plus un simple outil, mais un élément structurant de sa stratégie. C’est pourquoi, lorsqu’il est question de stratégie IA, l’interlocuteur privilégié est le directeur général ou le PDG, et non la direction des systèmes d’information », confirme Éric Reinbold, expert en stratégie IA responsable auprès des PME et ETI.

Principal usage : l’automatisation des tâches…

77 % des franchiseurs utilisent l’IA dans leur activité. Soit presque trois fois plus que les franchisés. Par essence, le modèle de la franchise se prête naturellement au déploiement de l’IA. « La franchise, c’est quoi ? C’est un concept éprouvé, avec une marque déposée et reconnue. Mais c’est surtout la transmission d’un savoir-faire avec un mode opératoire standardisé », rappelle Myriam El Aroui, responsable du pôle Franchise et Commerce au sein de la Banque Populaire. L’IA permet donc de répondre de façon plus performante et productive à la standardisation inhérente au modèle de la franchise. « Les franchiseurs ont tout de suite vu un intérêt. » Sans surprise, c’est avant tout pour l’automatisation de tâches que l’usage de l’IA est le plus répandu. Toujours selon l’enquête publiée par Banque Populaire, 87 % des  franchiseurs l’utilisent pour simplifier et automatiser des tâches administratives. Soit l’écrasante majorité. Du côté des franchisés, l’usage est plus hétéroclite, 42 % d’entre eux font appel à des outils d’IA pour la rédaction de contenu et 23 % pour de la gestion administrative, comme l’analyse des prévisions d’activité, la gestion des stocks ou l’approvisionnement par exemple. « En revanche, ils attendent de leur franchiseur qu’il investisse dans l’IA afin de l’intégrer aux outils qu’ils utilisent au quotidien. » C’est aussi l’un des principaux enseignements de l’étude : investir dans le coaching et la formation en IA. « Cette dimension doit être intégrée dès l’onboarding des franchisés. Car la situation d’un franchiseur est particulière : il ne dirige pas seulement une entreprise avec ses propres salariés, il anime aussi un réseau d’entrepreneurs indépendants qu’il faut accompagner dans l’adoption de ces nouveaux outils », appuie Éric Reinbold. En mai 2026, l’enquête révèle que 50 % des franchiseurs ont déjà déployé des outils avec IA intégrée et 22 % l’envisageaient. L’étude ne dresse pas de palmarès par secteur. Mais, d’après Myriam El Aroui, la restauration, les services à la personne et l’immobilier figurent parmi les plus avancés dans l’adoption de l’IA.

… pour libérer l’humain

L’IA en franchise, opportunité ou menace ? C’est a question à un million ! « Aujourd’hui, l’IA vient challenger le modèle du franchiseur, qui doit démontrer une valeur ajoutée plus forte. L’enjeu est stratégique : les réseaux doivent intégrer l’IA tout en préservant une expérience client personnalisée. Si la standardisation est au coeur du modèle de la franchise, elle ne doit pas conduire à uniformiser la relation avec le client. Celui-ci attend une expérience unique et adaptée à son profil », alerte-t-elle. Qui dit automatisation des tâches dit aussi plus de temps libre pour les franchiseurs, franchisés et les salariés d’apporter une expérience client plus humaine et personnalisée. On voit d’ailleurs émerger dans l’opinion publique une forme de lassitude, voire de défiance, face à l’usage massif de l’IA. En témoigne la publicité d’Intermarché diffusée en décembre dernier : au milieu d’une vague de campagnes conçues avec l’IA, l’enseigne a pris le contrepied en misant sur des dessins réalisés par un studio d’animation. « Comment se démarquer au milieu de tous ces outils qui, certes, font gagner du temps mais qui entrainent une forme de non-personnalisation de l’expérience ? » En matière d’IA, les réseaux de franchise doivent trouver leur équilibre.

Une utilisation encore prudente

« Les franchisés sont encore dubitatifs et prudents vis-à-vis de l’IA, puisqu’ils ne sont que 33 % à l’utiliser. Cela dépend  aussi de la maturité des réseaux et de leurs moyens financiers. Les enseignes bien installées, structurées et solides y ont tout de suite vu un intérêt », analyse Myriam El Aroui. Pour Éric Reinbold, la prudence reste de mise face à l’IA, en particulier sur le plan réputationnel. « Dans la franchise aujourd’hui, ce qui est le plus important et qu’il faut généralement traiter le plus rapidement, c’est la marque et sa réputation. Le principal enjeu, c’est de protéger la marque et la réputation de l’entreprise. Les clients voient la marque, pas le franchisé. » Mais les réseaux doivent aussi composer avec un autre impératif : pour générer davantage de business, ils doivent être présents et référencés sur les outils d’IA. En effet, selon l’enquête de la Banque Populaire, les Français utilisent l’IA dans le cadre de leurs achats pour comparer plusieurs offres (58 %), suivre les conseils de l’IA (34 %) et laisser l’IA acheter à leur place (8 %). La question des moyens est ici cruciale. « Les enseignes plus récentes, ou en plein développement, n’ont pas forcément les moyens d’investir dans leur visibilité sur ces nouveaux outils. » Sans surprise, il revient au franchiseur de décider quel usage ou non faire de l’IA, c’est lui qui a le dernier mot. « Il faut également être vigilant sur les enjeux de sécurité. Le recours massif à ces outils peut créer une forme de dépendance, qu’il s’agisse des fournisseurs d’IA ou de la centralisation des données. Dans ce contexte, le franchiseur doit veiller à proposer des outils alimentés par des données réellement pertinentes pour chaque franchisé, adaptées à son territoire, et pas uniquement des indicateurs nationaux, qui peuvent masquer des disparités locales », prévient l’experte. La question de la dépendance se double d’un enjeu de protection des données. Les outils peuvent avoir accès à des informations sensibles – clients, ressources humaines, données commerciales – qui exigent un haut niveau de sécurité. Cela implique d’investir dans la protection de ces données et de garantir leur conformité, notamment au regard du RGPD. « Aujourd’hui, les réseaux de franchise ne peuvent pas se priver de l’IA. Ceux qui ne l’auraient pas encore fait prennent du retard. Je crois qu’on est déjà à l’étape d’après, plutôt à se dire : “Attention, jusqu’où on va et comment on fait pour cadrer ?” »

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