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La restauration rapide ne connait pas la crise. Avec plus de 16 800 établissements recensés en France, la restauration de chaîne poursuit son expansion et affiche une croissance de 27 % en cinq ans. Un marché qui séduit toujours les entrepreneurs, mais saturé et ultra-concurrentiel… Aujourd’hui, se lancer dans le secteur de
la restauration rapide demande une forte capacité d’adaptation : le marché se transforme à une vitesse éclair, entre digitalisation, livraisons et nouvelles habitudes des consommateurs.
D’abord qu’est-ce que l’on entend par restauration rapide ? On pense d’abord aux grandes enseignes McDonald’s, Burger King, O’Tacos… Pourtant, le marché s’est diversifié ces dernières années et ne se limite plus au burger servi en quelques minutes. Elle monte petit à petit en gamme, empruntant les codes de la restauration traditionnelle avec des offres plus variées, des produits de meilleure qualité et des options vegan.
Un marché porteur…
En 2024, le marché français de la restauration rapide a atteint des sommets. Selon une étude menée par Epsimas, le chiffre d’affaires du secteur est estimé à 31,8 milliards d’euros, un niveau largement supérieur à sa trajectoire d’avant-covid.
Une partie de cette croissance spectaculaire s’explique aussi par la flambée des prix. En effet, entre 2015 et 2024, les tarifs des services de restauration rapide ont bondi de plus de 30 %. Sur la même période, le secteur a enregistré une croissance annuelle moyenne de 9,26 %, au point de quasiment doubler en dix ans.
Mais cette dynamique devrait progressivement s’essouffler : les projections d’Epsimas tablent sur un rythme ramené à 7,58 % par an entre 2024 et 2029.
Malgré ce ralentissement annoncé, la restauration rapide reste bien plus résiliente que la restauration traditionnelle. En cause ? Un arbitrage budgétaire de plus en plus net chez les Français, qui continuent de voir le fast-food comme une option « économique », malgré la hausse des prix et la montée en gamme de certaines enseignes. L’expansion des chaînes franchisées contribue également à cette solidité.
Les habitudes de consommation ont – elles aussi – évolué ces dernières années.
« Nous nous sommes aperçus que la restauration avait beaucoup évolué avec la covid : les gens passent de moins en moins de temps à table. Il faut repenser les modes de consommation », explique Élie Carolini, directeur réseau franchise du Kiosque du Boucher (KdB), propriété du groupe Baudaire (La Boucherie Restaurant, Courtepaille, Poivre Rouge, Bistrot du Boucher, etc.).
Dans le détail, le marché a généré 21,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, dominé par les fast-foods et hamburgers (8,8 milliards d’euros), les viennoiseries et sandwicheries (1,468 milliard d’euros), les grills et les fast-foods de poulet (1,036 milliard d’euros).
… mais concurrentiel
Le marché de la restauration rapide n’a jamais été aussi concurrentiel, « en particulier dans la street-food, le burger, le poke ou la pizza », observe Élie Carolini.
L’arrivée massive de nouvelles enseignes n’a fait qu’accentuer cette pression, notamment avec l’explosion des dark kitchens. Ces « cuisines fantômes » – aussi appelées ghost kitchens ou cloud kitchens – fonctionnent comme des laboratoires dédiés exclusivement à la préparation de repas destinés à la livraison.
Nées aux États-Unis, elles arrivent en France en 2017 via la plate-forme de livraison Deliveroo, avant de connaître un essor fulgurant pendant la crise sanitaire. Entre 2019 et 2021, leur nombre bondit de 85 %.
Aujourd’hui, ce mode de consommation séduit toujours plus de Français. Le click & collect et les livraisons express répondent aux attentes d’actifs en quête d’instantanéité : être servis « partout, tout le temps », et si possible en quelques minutes.
Résultat : le marché des ghost kitchens continue de s’étoffer, particulièrement en région parisienne où les nouveaux acteurs se multiplient.
Une dynamique qui cache aussi des fragilités pour les futurs franchisés. En effet, le recrutement constitue l’un des principaux obstacles.
« Le manque de personnel représente un frein aujourd’hui », appuie Élie Carolini.
Une concurrence féroce, mais qui n’empêche pas le fast-food de « tirer son épingle du jeu » grâce à des prix perçus comme plus attractifs que ceux de la restauration classique. Et puis, comme le rappelle Élie Carolini : « s’il y a de la concurrence c’est qu’il y a du business ! ».
Un secteur qui se transforme
Portée par l’évolution des habitudes de consommation – besoin de rapidité, recherche de qualité – la restauration rapide nouvelle génération s’impose comme un secteur hybride, à mi-chemin entre le fast-food classique et la restauration traditionnelle.
Bornes de commande, applications mobiles, paiements sans contact… la restauration rapide accélère sa transformation digitale. Les chaînes investissent aussi dans la commande en ligne via les incontournables plates-formes de livraison.
En cuisine, l’automatisation et les outils de gestion connectés optimisent les flux et réduisent les temps d’attente. Une mutation qui vise à gagner en efficacité tout en répondant aux nouvelles habitudes de consommation.
Dans ce contexte, ouvrir un restaurant ne s’improvise pas : il faut comprendre les règles du marché, analyser la concurrence et proposer une offre différenciante.
Dans les 215 enseignes du Kiosque du Boucher, la carte a été pensée pour aller vite tout en proposant un choix varié : « nous proposons six burgers, dont une option végétarienne, des hot-dogs et trois recettes de poke bowls ».
En parallèle, les ramens, portés par des enseignes comme Yatta ! Ramen, gagnent du terrain. Les hot-dogs et les rolls montent en gamme et attirent un public toujours plus large.
Côté desserts, les donuts s’imposent : Krispy Kreme arrive en France, tandis que des chaînes européennes comme Dreams Donuts ou C’est Mon Donuts renforcent leur présence.
Sans oublier les normes environnementales. Depuis la loi Agec en 2023, les fast-foods doivent proposer de la vaisselle réutilisable pour la consommation sur place.
Avis aux porteurs de projets qui seraient tentés de se lancer dans le secteur de la restauration rapide : « Il faut sortir de son établissement. C’est très important d’être connecté, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la vraie vie », appuie le directeur réseau du Kiosque du Boucher.
La clé reste avant tout l’engagement personnel : « il faut aimer ce qu’on fait, aimer les gens et aimer manager ».
Lisa Begouin



















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